Montréal, le 29 juillet 2019.

À l’attention du Fonds des médias du Canada, de l’Office national du film du Canada, de Hub Montréal et de Xn Québec.

Nous sommes une coalition de groupes et d’individus de la société civile québécoise et canadienne impliquée dans une campagne internationale de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) contre l’État d’Israël et ses violations systématiques du droit international envers le peuple palestinien depuis 1948.

À travers cette lettre, nous demandons au Fonds des médias du Canada, à l’Office national du film du Canada, à Hub Montréal et à Xn Québec de mettre un terme à son blanchiment de l’État d’Israël par son implication dans le partenariat Israël/Canada pour une coproduction internationale en création numérique, avec les organismes israéliens Gesher Multicultural Film Fund, Makor Foundation for Israeli Films, et le Haifa International Film Festival.

Nous nous réjouissons que des organismes canadiens encouragent et financent la création numérique, et nous comprenons que le financement d’événements artistiques est difficile. Pourtant, pour dresser un parallèle, recevoir de l’argent de compagnies de tabac pour tenir des événements artistiques n’est plus acceptable, parce que comme société, nous avons décidé que le fait d’associer un produit nocif à un événement artistique banalisait la cigarette, ou du moins donnait une image positive à un produit nuisible à la santé. De même, un partenariat avec l’État israélien est aujourd’hui inadmissible, et nous sommes scandalisés qu’un financement canadien serve, par l’intermédiaire d’un tel partenariat, à normaliser les relations avec des organismes israéliens complices d’un État colonial, criminel en regard du droit international, des droits humains et de ceux du peuple palestinien.

Une telle complicité ternit l’image d’organismes canadiens par ailleurs soucieux de leur image d’engagement envers les peuples autochtones. En particulier, ce partenariat est en contradiction directe avec le Plan d’action autochtone 2017-2020 de l’ONF. On sait que la Loi des Indiens de 1876 et la création des réserves ont servi de modèle à l’État d’Israël pour l’occupation du territoire palestinien, le déplacement forcé des palestinien·ne·s, et leur enfermement dans des zones restreintes. Pour nous, la reconnaissance des droits du peuple palestinien va de pair avec ceux des peuples autochtones au Canada et au Québec.

De plus, nous relayons ici l’appel de la société civile palestinienne qui, depuis 2005, appelle à rompre toutes relations avec des organismes officiels israéliens jusqu’à ce que cet État respecte le droit international : la fin de l’occupation, du blocus de Gaza et le démantèlement du Mur, l’égalité pour tou·te·s les citoyen·ne·s, et le retour des réfugié·e·s. Le mouvement BDS est une stratégie non violente pour le changement politique et social, qui rappelle la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud dans les années 1980. Entendez cet appel qui est notre seul espoir pour permettre de voir aboutir une paix juste dans la région.

Alors que les dernières élections israéliennes ont confirmé le basculement de l’électorat israélien vers l’extrême droite, alors que les artistes palestinien·ne·s sont muselé·e·s par l’État israélien, qui rend leurs déplacements très difficiles, détruit leurs lieux d’expression et les emprisonne, alors que des dizaines de maisons palestiniennes à Jérusalem sont réquisitionnées ou détruites par les autorités israéliennes pour étendre les colonies illégales, alors que des tireurs d’élite israéliens tirent à balles réelles, tous les vendredis, sur des manifestants civils à Gaza, le rapprochement avec les États-Unis de Donald Trump assourdit les maigres réactions internationales officielles. Il revient donc à chacun d’entre nous de réagir, et de refuser ces « Partenariats Israël/Canada » qui font partie de la stratégie israélienne qui cherche à « revamper » son image dans le monde.

En effet, l’État israélien soutient des œuvres artistiques, mais savez-vous que cet appui fait partie d’une campagne visant à contrer la dégradation de l’image d’Israël, et à instrumentaliser la culture à ses fins? Nissim Ben-Sheetrit, directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien, clamait haut et fort, dès 2005 : « La culture est un outil de premier ordre pour la hasbara [propagande]. En ce qui me concerne, je ne fais aucune différence entre la hasbara et la culture ». Quant au président israélien Reuven Rivlin, il a déclaré que « les institutions culturelles forment une vitrine dans laquelle Israël présente d’elle-même une image démocratique, libérale et critique ». Ainsi que : « La meilleure et la plus efficace réponse au boycott d’Israël est d’encourager les acteurs israéliens et de soutenir leur présence dans le monde. Pour exposer l’Autre Israël, l’Israël culturelle, avide d’art, Israël de l’excellence et de la qualité »… c’est-à-dire en blanchissant ses crimes envers le peuple palestinien !

Un nombre sans cesse croissant d’artistes à travers le monde, y compris en Israël même, invitent leurs concitoyennes et concitoyens à soutenir la campagne BDS pour forcer Israël à respecter les droits du peuple palestinien. Des festivals ont déjà été visés comme Toronto Inside Out, Frameline San Francisco, Vancouver Queer Film Festival, ou la biennale du Whitney Museum de New York, ce mois-ci. Nous saluons le geste courageux et solidaire d’artistes sensibles au désarroi du peuple palestinien, comme Annie Lennox, Cassandra Wilson, Lauryn Hill, Natacha Atlas, Aziza Brahim, Cat Power, Vanessa Paradis, Roger Waters, Elvis Costello, Gil Scott-Heron, Jason Moran, Richard Bona, Eddie Palmieri, Salif Keita, Jello Biafra, Massive Attack, Susan Sarandon, Peter Brook, Ken Loach, Mike Leigh — et ici au Québec, Lhasa, Gilles Vigneault, Richard Desjardins, Mary Ellen Davis, Will Eizlini, Jose Garcia-Lozano — qui ont renoncé à se rendre en Israël, ou à participer à des événements liés à Israël.

Tous ces artistes contribuent à soutenir le peuple palestinien dans sa longue lutte pour la justice, la liberté et la paix. Nous vous invitons à nouveau à mettre un terme à votre partenariat Israël/Canada, de même que nous invitons les artistes canadiens à en faire autant, et à refuser tout financement dans le cadre de tels partenariats.

Pour la Coalition BDS-Québec


Des citoyens israéliens ont également fait la même demande : From Israeli citizens to the Canada Media Fund, the National Film Board of Canada, Hub Montréal and Xn Québec – please cancel the international co-production in digital creation project with official Israeli institutions